Le départ

Le jour du départ, c’est un mélange d’excitation, de fébrilité, de stress et de joie qui nous habite. Nous n’avons pas peur, mais nous ne sommes sûrs de rien. Nous avons hâte de partir au large, mais conscients d’être si petits devant Mère Nature. Nous nous sentons pleinement vivants en fait. Et s’apprêter à traverser un océan à la voile nous le fait sentir puissance mille !

Dès la première nuit, une sensation de vertige nous habite. Certains l’expriment par des pleurs, d’autres des mots, d’autres encore intériorisent. C’est assez troublant de réaliser qu’à 360 degrés autour de soi, ce n’est que du vide ! Les abysses sous nos pieds. L’horizon à perte de vue. L’infini au-dessus de la tête. On ne doit pas être loin des sensations que ressentent les astronautes dans l’espace. Car nous aussi, nous flottons. Non pas dans l’espace, mais sur un océan. Et comme des astronautes, nous sommes livrés à nous-mêmes et ne pouvons compter que sur nous 3 (et sur Jackson, notre chien explorateur, pour des câlins et prélaver notre vaisselle).

Rencontres avec la vie marine

Bien vite pourtant, on réalise qu’on n’est jamais vraiment seuls en plein milieu de l’océan. L’Atlantique se révèle à nous comme un véritable bouillon de vie. Dès nos premiers milles, un banc de dauphins vient nous souhaiter la bienvenue et s’amuser de longues minutes autour de Bleuet. Ils sont si beaux et gracieux, c’est avec beaucoup de joie que nous les accueillerons à plusieurs reprises dans notre sillage au cours de notre périple.

À trois reprises, nous apercevons aussi un requin. La première fois, nous étions à quelques minutes de plonger du bateau pour une petite baignade rafraichissante ! Quelque peu refroidis, Yoyo et Guigui se décident quand même timidement à rejoindre le Grand Bleu et plongent à quelques mètres de profondeur. Le squale ne refera plus surface. À leur plus grand soulagement. Et leur plus grande déception. Toujours ce paradoxe de l’adrénaline et de la recherche du risque qui nous tenaille.

En plus des poissons lunes, des tortues de mer, d’étranges méduses flottantes, des rorquals et des baleines, nos plus fidèles compagnons durant la traversée sont sans contredit les oiseaux. Ils nous accompagnent par leur chant presque inlassablement, bruit réconfortant qui nous guide lors de nos nuits sans lune. Par 2 fois un coup de vent a même fait atterrir l’un d’eux à l’intérieur du bateau ! Jackson étant sur le pont, n’a rien vu et l’oiseau a pu rester au chaud jusqu’au petit matin.

Notre surprise la plus intense, sans contredit, est notre rencontre nez à nez avec un… cachalot ! Par une journée sans vent ni vague (la fameuse pétole) nous décidons de sauter à l’eau pour une petite baignade. Le moment est déjà magique en soit, jusqu’à ce que, nous recevions la visite d’un cachalot, à 10 mètres à peine ! Guigui et Yoyo, encore sous l’eau à ce moment-là, sont ébranlés par un mélange d’effroi, de stupeur et d’excitation. Le cétacé disparaît ensuite rapidement dans les abysses de quelques coups de sa puissante nageoire. La scène aura duré 15 secondes, mais nous avons vécu l’équivalent de 15 jours d’émotions ! La suite n’est que pur délire, cris de folie, explosions de joie et fous rire, encore et encore.

La pêche

Yoyo notre capitaine est aussi avant tout un expert de la pêche. Il avait bien hâte de lancer sa ligne en plein océan, et on peut dire qu’il a été gâté ! Au 5e jour, c’est un ESPADON qui mord à l’hameçon ! Une prise un peu trop énorme pour nos estomacs et le fil fragile (20 livres) de la canne à pêche, que le monstre finit par casser. Il nous échappe, et c’est un peu déçu mais tout de même soulagés que nous reprenons notre route.

Le lendemain, nous sommes une nouvelle fois alertés par un bruit de frein sur la canne à pêche. Après 15 min de lutte acharnée à ne pas savoir ce qu’on va remonter, on aperçoit la bête se faire traîner à 30 m du bateau. Encore trop loin pour identifier l’espèce. Un thon ? Une dorade ? Un thazard ? On aperçoit une nageoire. Un… requin ??? Les paris sont lancés. Tout le monde est surexcité. Même Jackson qui, curieux de tout ce brouhaha, rejoint dangereusement Yoyo sur la jupe arrière du bateau. Pas question de perdre la prise cette fois. Yoyo finit par la ramener sur le bateau, et nous constatons avec stupeur qu’il s’agit bien d’un véritable REQUIN ! Un beau petit bébé requin d’environ 1 m de long. Conscients de la beauté de cet animal si majestueux, nous lui retirons l’hameçon, en faisant bien attention d’éviter ses dents acérées. Après quelques secondes, la bête reprend la direction des profondeurs comme si de rien n’était. Un vilain cauchemar qu’il effacera vite de sa mémoire. Pour Yoyo, un rêve incroyable qu’il n’est pas près d’oublier !

Il faut attendre le 13e jour, à la toute fin de notre traversée, pour que ce soit au tour de nos estomacs de se réjouir un peu. Yoyo nous ramène une belle dorade, et nous gâte avec un délicieux quatuor de ceviche, maki, sushis et sashimis. Nous qui avons consommé une alimentation entièrement végétarienne durant toute la traversée, nous nous régalons de ce festin offert par l’océan !

Cargo

Après plusieurs jours à se sentir seuls au monde, nous avons le plaisir inattendu de renouer contact avec la civilisation. Nous croisons un gros cargo qui pendant un long moment semble se diriger droit sur nous. Par simple mesure de précaution, Yoyo tente de contacter le capitaine du navire sur le canal 16 (canal de sécurité). Pas trop sûr de comment procéder, et dans un anglais légèrement bancal, il s’élance.

« Sailing boat Bleuet to... big cargo ship. Sailing boat Bleuet to big cargo ship, can you hear me? »

Radio qui griche..., puis une voix et quelques mots nous parviennent ;

« ... Sailing vessel... cargo ship. »

Excitation à bord, nous avons un premier contact vocal avec l’extérieur depuis 12 jours !

Capitaine Yoyo : « Just wondering if you saw us already. »

Capitaine big cargo ship : « Yes, sir, we’ll leave you on our starboard side. »

Rassuré et maintenant curieux, Yoyo en profite pour entamer une conversation avec notre nouvel ami indien et son équipage en direction de New York, où nous lui racontons brièvement notre voyage. À court d’œufs, nous lui demandons même à la rigolade une boîte de 12 ! Après 10 minutes très agréables, nous rendons la ligne et admirons son immense silhouette nous couper la route, à quelque 300-400 m de distance. Cette même situation, de nuit, aurait été une tout autre histoire ! En plein océan, dans la noirceur, une collision avec un autre navire représente l’un des plus gros risques à surveiller. À cette distance, dans le noir, avec pour seul visuel les lumières du navire, n’importe qui de nous 3 aurait bien serré les fesses !

Orage 

Tout allait bien dans le meilleur des mondes. Tout allait trop bien, mais le cycle de la vie étant ce qu’il est, le calme ne peut pas durer éternellement. Dans la nuit du dimanche 15 août, l’Atlantique se réveille, nous montrant son côté sombre. Il est 20 heures, au loin à l’ouest, derrière nous, le ciel s’assombrit drôlement. Puis, quelques flashs d’éclair attirent notre attention et ne présagent rien de bon. Par précaution, nous réduisons la voilure. Peu à peu le vent se lève, jusqu’à atteindre 22 nœuds. La pluie commence à tomber, et les éclairs se rapprochent, s’intensifient, souvent suivis de proche par un grondement de tonnerre. Un orage violent est à notre porte. 

Tous les trois dans le cockpit prêts à l’action, Jackson au sec à l’intérieur, nous sommes désormais en plein dans l’orage, la pluie et le vent sont à leur maximum. Nous redoutons le risque ultime, soit que la foudre frappe le mât de Bleuet ! Ce pourrait être catastrophique pour son état. 

Le radar nous confirme nos craintes, nous sommes entourés de zones nuageuses de toutes parts. Pas d’échappatoire possible, nous évaluons la meilleure option. Continuer vers l’est, notre cap voulu, mais rester dans la course de l’orage ? Demi-tour vers l’ouest, affronter l’orage au plus vite mais rebrousser chemin et perdre des miles ? Monter au nord pour peut-être tomber sur pire ? Ou descendre vers le sud sans trop savoir quoi y trouver ? Tour à tour, nous tentons chaque option, mais rapidement, un nouvel élément nous invite chaque fois à changer d’idée et à tester une nouvelle direction. Nous finissons par prendre plein Sud, là où il semble y avoir une petite éclaircie.

Après 3 heures de lutte contre les éléments, le mauvais temps semble enfin vouloir nous laisser tranquille. Après coup, nous réalisons la chance que nous avons eu de sortir indemnes de cet épisode, autant nous que Bleuet. Bien qu’imparfaits, notre esprit d’équipe, notre préparation, notre réactivité et notre connaissance des éléments ont été suffisants pour nous permettre de nous sortir de ce sale pétrin. Et puis, ça aurait été plate de traverser l’Atlantique sans qu’il nous arrive quelques péripéties !

Évidemment, nous ne pouvons évoquer les moments les plus intenses d’une traversée sans faire mention de l’approche finale, riche en émotion. Notre arrivée dans l’archipel des Açores fera l’objet d’un prochain article. En attendant, nous sommes trop impatients de mettre le pied à terre. À bientôt ! L’équipage du Bleuet.

L'Appel de l'Océan, trois aventuriers qui réalisent leur rêve de traverser un océan à la voile. 

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